Mon histoire n'a rien de fabuleuse, et pourtant elle est écrite a même la voute céleste comme la plus beau des oracles. Un passage en particulier m'attire : celui de ma rencontre avec Elle. J'entends chaque jour les étoiles chanter les louanges de celle qui viendra me compléter. Elle est pour moi ce que le Soleil est à la Lune : alors que seule, la Lune ne serait qu'un pauvre caillou, glacé et tournant sans relâche autour de cette triste terre, elle devient brillante et lumineuse grâce au Soleil. Elle illumine alors les nuits des musiciens et des poètes, reflétant la chaude lumière de sa lointaine compagne. Les étoiles me disent qu'Elle sera bientôt mon soleil, et que par son contact, je m'envolerai vers les cieux telle une colombe pour les rejoindre. C'est pourquoi, reclus du monde, je l'attends, alors que la présence de la mort se fait de plus en plus compacte autour de moi. Elle aussi me dit que je pourrai bientôt voler, mais l'ironie qui suinte de ses propos m'effraye. J'ai l'impression d'être un papillon de nuit, à la fois libre et malgré tout condamné à me jeter dans le premier feu que je croiserai. Et si en réalité mon Soleil était l'incarnation de ma mort, et que les étoiles se jouaient de moi pour voir ma fin arriver plus vite ? Un objet attire soudain toute mon attention. Sans raison. Je tends la main et l'agrippe. Comme pour m'annoncer une fin funeste, je me brule, ainsi que brule le papillon qui aurait dû s'envoler.
Aujourd'hui est le grand jour. Les étoiles m'ont prévenu ce matin que le soleil serait là et qu'il m'attendrait dehors. Même la mort semble se retirer pour l'occasion, un rictus incompréhensible sur ses lèvres desséchées. Je sors.
Dans le ciel, une pâle copie de mon aimée illuminaient la journée. Je n'étais pas sorti depuis longtemps, et mes yeux me brulaient quand j'ai quitté mon immeuble, mais je n'y ai pas fait attention. J'aurai dû pourtant. Je sentais les regards se coller à moi comme des sangsues, à la fois imperceptible et provoquant en moi un malaise grandissant. Le long du chemin, mon esprit s'enflammait, anticipant ma rencontre avec Elle. Et si Venus ne voyait pas dans les yeux de Mars la promesse d'un amour éternel ? Pire, et si son c½ur ou du moins son corps étaient déjà promis à l'hideux Héphaïstos? Et si ces yeux, trop aveugle, se posaient sur moi et n'y voyait qu'un frère ?
Le bruit du fleuve sifflant et serpentant sous le pont suffit à faire cesser mes pas. Je reconnais l'endroit, c'est celui de la rencontre. Mais surtout, je La reconnais. Assise à un banc, seule, comme attendant le destin. Ce n'est désormais plus le soleil qui éclaire mes pas, mais elle. Etourdissante, fascinante. J'avais cru devoir apprendre à l'aimer, mais cette idée n'est désormais plus qu'une folle hérésie, une pensée sacrilège envers ma déesse. Elle se lève, m'aperçoit et souri. Elle est désormais mienne comme je suis à elle. Non, c'est même plus fort que cela. Elle est moi et je suis elle.
Plus grand est le bonheur et plus dure sera la chute. Héphaïstos passe à côté de moi, et je comprends que c'est à lui qu'elle a souri. Que c'est également lui qu'elle attendait. Je ne pleure pas. Je ne crie pas. Je ferme les yeux. La Mort chuchote à mon oreille, mais je ne l'écoute plus. J'étais fou de croire au bonheur. Les étoiles m'ont dit que par la grâce de l'amour je m'envolerai vers les cieux. Je ne suis pas une colombe. Je suis un papillon de nuit. Alors j'enjambe le garde-fou. Et vole papillon, vole par-dessus le fleuve jusqu'aux cieux. Je saute. Fin de l'histoire.
